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La belle histoire : l’école de Monein-Castet

Les petites écoles sont toutes menacées, plus ou moins directement, c’est un fait. Entre les conventions ruralités « proposées » aux communautés de commune par les préfets et les recteurs que nous avons déjà évoquées ici, le désir de « rationaliser les coûts » du ministère (c’est-à-dire de supprimer le maximum de postes d’enseignants) au mépris de la qualité de vie des élèves et le « pragmatisme économique » de certains élus qui, pensant économiser, détruisent toute attractivité de leur commune.

Tout cela est vrai mais le Collectif, se refusant de sombrer dans le pessimisme ambiant vous propose cette fois-ci non pas d’analyser les horreurs qui nous pendent au nez mais plutôt d’aller voir comment une école à su résister aux pressions extérieures pour sa fermeture. Attention il s’agit d’une histoire qui finit bien ce qui ne veut pas dire qu’on n’y apprend rien !

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école du Castet à Monein (Pyrénées Atlantiques)

 En flânant sur le site de la FNER (Fédération Nationale pour l’Ecole Rurale) je suis tombé sur l’histoire de l’école du Castet située à Monein dans les Pyrénées-Atlantiques.

Monein est un village comptant deux écoles, une avec plus de 300 élèves et l’autre avec une classe unique de la maternelle au CM2 comptant 22 élèves. Deux idées de l’école face-à-face, entre d’un côté l’enseignant de la classe unique, adepte de la pédagogie Freinet, prônant la coopération, favorisant l’autonomie et de l’autre côté un groupe scolaire immense, dont les élèves doivent en majorité prendre les transports scolaires mais dont l’avantage ultime est de faire des économies pour la mairie et supprimer un poste d’enseignant pour l’éducation nationale.

Mais à Monein comme partout ailleurs, le vrai arbitre reste la population et c’est là que l’histoire est belle car la mobilisation pour sauver la petite école de leur enfance ou de leur enfant fut telle que le projet est vite retourné dans les cartons. Comme quoi, la qualité d’un travail individualisé dans un cadre rassurant car proche pour les enfants et dans une structure à taille humaine est reconnu par ceux qui en bénéficient !

Comme l’écrit Bernard Collot, co-fondateur de la FNER, ancien enseignant et auteur de nombreux ouvrages sur les classes uniques, sur son blog :

Une école du 3ème type est nécessairement multi-âge. Elle est née et s’est réalisée dans des classes uniques. Or celles-ci continuent d’être condamnées par l’Education nationale depuis 1989 et par tous les gouvernements successifs. C’est d’autant plus stupide que les travaux du ministère de l’EN lui-même ont démontré que leurs résultats étaient supérieurs à la moyenne nationale. Et l’on sait aussi leur importance dans les dynamiques citoyennes et mêmes économiques de leurs villages. Mais bien sûr elles induisent une approche différente de l’acte éducatif , des apprentissages, de l’école, voire de la démocratie, qui mettent à mal la conception tayloriste et uniforme, du système éducatif. Est-ce pour cela que l’Etat ne veut plus les voir ?

Revue de presse :

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Pyrénées-Atlantiques

À Monein, contre vent et marées : ils veulent garder leur école de quartier

Devant l'école de Monein-Castet, les parents sont prêts à en découdre pour défendre "leur" école
Devant l’école de Monein-Castet, les parents sont prêts à en découdre pour défendre « leur » école © Aurélien Accart – Radio France

Les parents d’élèves de l’école de Monein-Castet viennent de lancer une pétition pour que leur école reste ouverte à la rentrée prochaine. La mairie de Monein veut transférer l’unique classe de l’école pour regrouper au même endroit tous les enfants de la commune, au centre du village, qui accueille déjà plus de 330 écoliers. Mais Castet tient à son école et à sa pédagogie particulière.

Les écoles de quartier, comme on les appelle à Monein, ont eu le vent en poupe jusque dans les années 70. Un temps, la commune, très éclatée géographiquement, en comptait sept. Cela évitait aux enfants de parcourir les kilomètres qui séparent les différents hameaux du centre du bourg. Mais depuis quelques décennies, suivant le même mouvement que dans le reste du pays, les écoliers ont été regroupés dans une seule école, au coeur de Monein. Toutes les écoles de quartier ont successivement fermé leurs portes. Toutes? Non, une école résiste encore et toujours à l’envahisseur. Celle de Castet. Une école qui rappelle celles de l’époque de Jules Ferry et des hussards noirs de la République. Avec son préau, sa verdure, son relatif isolement et sa quiétude. Le cadre est buccolique.

Une école à la pédagogie particulière

C’est là que depuis 23 ans s’est installé un enseignant, un maître d’école adepte de la pédagogie Freinet. Très peu pratiquée en France, elle offre un autre rapport à l’école, très centré sur l’enfant. Les parents sont invités à s’investir et même à venir en classe. À Castet, tous les niveaux scolaires, de la maternelle au CM2, se cotoient dans une seule et même classe. Cette année, ils sont 22 écoliers inscrits.

L’école, à vrai dire, n’a plus grand chose à voir avec une école de quartier, au sens historique du terme. Selon la mairie, seul un enfant habite vraiment à Castet. Les parents eux, avancent le chiffre de 9 écoliers qui habitent à proximité. Mais le débat n’est pas là. Le problème, cette fois, n’est pas les kilomètres que les parents devront avaler chaque matin pour déposer leurs enfants à l’école. La preuve, certains habitent au bourg, et parcourent chaque matin la distance pour se rendre dans cette école de Castet et y déposer leurs enfants. Le problème, c’est que cette école nécessite d’être rénovée.

« Elle n’est plus aux normes », explique Yves Salenave Péhé, le maire de Monein. « Surtout depuis la réforme des rythmes scolaires: on est normalement obligés de disposer d’une autre salle que la salle de classe, pour accueillir les activités. Ce n’est pas le cas actuellement, il faudrait rénover la deuxième salle de classe » . Elle n’est plus utilisée depuis des années, et tout y est à refaire. « On passe à travers le plancher si jamais on s’y aventure » , précise l’une des mamans, devant l’école de Castet.

Des travaux de rénovation beaucoup trop coûteux

La mairie a chiffré les travaux et présente un devis de 174.815 euros pour les travaux de rénovation nécessaires au Castet. La somme couvre la mise au normes électriques, la rénovation des deux salles de classe, un ravalement de façade, ou encore les travaux de mise en accessibilité. « Une somme exagérée » , tranche de son côté l’un des parents d’élève, Stéphane Lechit. Un autre « ami de l’école de Castet » (le nom de l’association de défense de l’école de quartier) évoque des travaux auxquels les parents pourraient participer. Le prix du devis pourrait baisser. On évoque un chantier d’insertion. Une rénovation plus modeste. Toutes les idées sont bonnes pour contrer les chiffres avancés par la mairie. C’est vrai que comparés aux 23.000 euros investis récemment pour rénover l’école du bourg, qui accueille les 334 autres enfants de la commune, l’investissement pour remettre l’école de Castet aux normes paraît disproportionné .

Le maire de Monein justifie le transfert de l’école de Castet vers le groupe scolaire du centre bourg.

« La commune ne peut pas mettre 174.000 euros pour 22 écoliers à Castet, quand on n’en a mis que 23.000 euros pour tous les autres » , juge le maire. Yves Salenave Péhé explique que la goutte d’eau, c’est la mise en place récente des rythmes scolaires. « On est obligé d’envoyer du personnel à l’école de Castet. Parfois pour s’occuper de deux enfants. C’est intenable, au niveau des coûts. »Les parents d’élèves, eux, n’en démordent pas. « Ça ne rime à rien de comparer ces chiffres, s’emporte une maman dont les trois enfants seront passés sur les bancs de Castet. Pour les travaux, forcément, on a laissé cette école se délabrer. Mais il faut voir aussi ce qu’apporte cette école. » Une alternative à l’école traditionnelle. « Un moyen d’attirer de nouveaux parents sensibles à cette pédagogie , ajoute Stéphane Lechit. Si je me suis installé ici au moment d’avoir des enfants, c’est parce qu’on savait que cette école existait et qu’on voulait ce type de pédagogie pour eux. »

L’un des parents d’élèves de Castet estime que cette école de quartier est un atout pour toute la commune

Dans son bureau, à la mairie, Yves Salenave Péhé s’agace. Il s’est engagé, lors d’une réunion, le 15 octobre dernier, à tout faire pour que la classe de Castet, son enseignant et sa pédagogie puissent prendre vie dans les locaux du groupe communal. « Les premiers contacts avec l’inspection académique, qui décidera en dernier ressort, sont bons » , note le maire. En clair, à côté des neuf autres classes de la commune, l’enseignant de Castet conserverait sa classe à plusieurs niveaux, dans « des locaux rénovés, adaptés, et beaucoup moins coûteux pour la collectivité. »

Le transfert de l’école proposé par la mairie, les parents n’en veulent pas

Mais l’idée ne plaît pas aux parents de Castet. Ils sont certains que l’esprit et la pédagogie auxquels ils sont si attachés ne survivraient pas dans les locaux du groupe scolaire. « Une posture élitiste voire égoïste » écrit la mairie en conclusion d’un document qui regroupe les arguments en faveur du transfert de la classe de Castet vers le bourg. « Les parents d’élèves sont convaincus d’avoir sous la main un paradis fondé sur des méthodes pédagogiques d’avant-garde, sur un maître d’élite. Un paradis qui selon eux ne se transfère pas. »

  Avec en creux, l’idée que ces parents d’élèves ne veulent pas se mélanger avec les autres enfants du centre bourg. Un « argument ridicule », pour les amis de l’Ecole de Castet, qui entendent bien défendre leur façon de voir les choses. Ils ont lancé une pétition en ligne, et ils organisent le 7 novembre prochain une réunion publique pour convaincre les autres habitants de Monein du bien fondé de leur combat.



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Salle comble pour l’école de Castet

Salle comble pour l’école de Castet
Claude Gonzalez, l’instituteur de l’école Castet, a commenté sa méthode pédagogique.

PHOTO H. P.

Parents d’élèves, sympathisants, enseignants, anciens élèves, ils étaient très nombreux à s’être rendu vendredi soir, à la réunion publique sur la fermeture – décidée par le premier magistrat – de l’école de Castet. S’il n’y eut pas de réels débats, la salle étant largement acquise à la cause du maintien de l’école, les interrogations, les incompréhensions, des moments d’émotions également ont dominé les propos, sans débordement, dans une colère contenue.

Les quelque conseillers présents, dont un ancien élu qui a salué « la présence courageuse », ont été assez peu interpellés, car Yves Salanave-Péhé, le premier magistrat – absent – a focalisé le mécontentement des parents d’élèves.

« Un comble que ce soit le maire qui veuille fermer l’école », s’exclama un représentant de la FCPE, d’autres évoquant « l’inconséquence d’une telle décision ». En préambule de la réunion Bruno Roubinet, délégué des parents d’élèves, animateur de la réunion, rappela les faits, avec l’annonce initiale du maire de rénover l’école avant que la perspective d’un coût trop élevé l’amène à une volte-face imprévue.

Une révision des montants

À l’annonce de ces montants « évolutifs » (141 320 euros) les parents ont rencontré le maire le 15 octobre, qui leur annonce sa décision de fermer de l’école. Frédéric Vigo, autre parent d’élève, après un décryptage des coûts avancés, les ramena à des proportions plus raisonnables (40 000 euros) en ne maintenant que les travaux indispensables. Cléo Sellier, autre déléguée, évoqua notamment le travail de Claude Gonzalez qui y enseigne depuis vingt-trois ans à travers un film retraçant la pédagogie alternative qu’il pratique, adaptée de la méthode Freinet. Une technique qui a permis de « récupérer des enfants en échec scolaire », avoue-t-elle.

C’est du Loir et Cher qu’est venu Michel Baron, représentant la Fédération nationale pour l’école rurale (Fner) pour exprimer l’intérêt de la classe à plusieurs cours (classe unique), avec l’osmose qui s’y crée entre grands et petits.

Mathilde Blanchard au discours « moins doux », dont le syndicat (SNUIPP-FSU) est solidaire de cette école, ajouta que « si le transfert de la classe unique est théoriquement possible dans l’école du bourg, la réalité de son fonctionnement sera tout autre ». À terme poursuit-elle, « cette décision prise sans concertation, se traduira par une suppression de poste ». La menace sur un poste d’enseignant revint souvent dans les discussions, un intervenant déplorant « le mauvais calcul du maire ». De plus, ajouta une maman « il n’est pas certain que tous les enfants de l’école de Castet intègrent celle du Bourg, mais celle d’une commune limitrophe ».

Après un vote pour le maintien de Castet, à main levée, proposé spontanément par un enfant très attaché à son ancienne école Bruno Roubinet conclu, en espérant que « ceci n’est qu’un malentendu » et ajoutant que dans le cas contraire « il faudra peut-être passer à d’autres actions ». La prochaine rencontre avec la Mairie prévue le 12 novembre devrait certainement apporter des réponses.

Hervé Pouyau



Pour ceux qui utilisent facebook voici le lien vers la page des amis de l’école de Monein Castet, groupe très actif.

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