Analyses

De la difficulté d’accomplir notre devoir de citoyen : nous informer 

Alors que la municipalité navigue entre groupes de travail pour gens d’accord pour discuter entre eux des modalités d’une fusion à laquelle la grande majorité des Audoniens semble être opposée et méthodes plus fortes contre les opposants au projet, en envoyant les gendarmes chez eux sans aucune justification réelle, le besoin d’information n’a jamais été aussi criant.

Mais ça se fait comment, s’informer ?

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1. L’information officielle : la municipalité et l’exemple de son courrier aux Audoniens

La gazette de Saint-Ouen à paraître contiendra peut-être des informations sur les communes nouvelles dont l’impartialité sera forcement interrogée du fait que le projet est désiré par le conseil municipal quasi exclusivement.

Peut-être ces informations seront-elles plus pertinentes que le catalogue de chiffres livrés bruts dans le courrier adressé aux Audoniens. Par exemple, le tableau sur l’évolution du nombre de communes en Europe dans le courrier aux Audoniens, montrait que certains pays avaient réduit le nombre de leurs communes depuis 1950. Prenons l’exemple de la Suède. Il est vrai que l’absence d’analyse permettait d’éviter de préciser que ce pays avait une densité de population six fois inférieure à celle de la France, que l’immense majorité de sa population se trouvait concentrée sur les côtes sud et ouest du pays. Les 4/5 de la population vit sur moins d’1/3 du territoire national. Dans la grande région du Noorland (tout le nord du pays) la densité de population tombe à 4 habitants par km2. Regrouper, dans le sud du pays très peuplé, des villes imbriquées les unes dans les autres peut se justifier, ce qui n’a rien à voir avec la réalité de Saint-Ouen-les-Vignes et de Montreuil. A l’inverse, le nord de la Suède comptait des villages très peu peuplés disséminés au milieu des grands parcs naturel. Les regrouper peut également répondre à une logique de préservation de l’espace naturel, entre autres.

Densité de la population suédoise en nombre d’habitants par km2 (source : wikipédia)

On pourrait dire tout autant de choses sur l’exemple allemand, anglais ou espagnol dont les réalités de 1950 jusqu’à aujourd’hui sont fort différentes de la nôtre (la reconstruction allemande d’un côté, la révolution du thatcherisme d’un autre, l’apogée puis la fin du franquisme et la reconstruction suite au retour de la démocratie pour les derniers cités).

Il est clair que ce type d’informations qui ne sont pas placées dans leur contexte n’ont aucune valeur tant on peut ainsi multiplier les chiffres sans référence à leur sens.

2. L’information citoyenne : le Collectif

Le Collectif interroge la réalité des fusions, pose des questions et cherche les personnes prêtes à y répondre. Entre autres, il rassemble des témoignages et analyses d’habitants de villes ayant fusionné, de gré ou de force ou ayant été engagés dans un processus de fusion.

Ces gens, qui n’ont pas voulu que leurs communes fusionnent avec d’autres, ont simplement constaté des dysfonctionnements dans le processus de fusion ou dans la réalité quotidienne de celle-ci. Ils ont questionné, ils ont interrogé et les réponses qu’ils ont obtenu, quand ils en ont obtenu, ont peiné à convaincre parce que partout le constat de l’impréparation et du flou dans les intérêts et les avantages ont été la preuve que la fusion n’été pas forcement désirée pour l’intérêt des habitants mais perçue comme une nécessité pour la survie ou imposée d’en haut.

Parmi ces gens, l’écrivain Stéphane Ternoise, qui nous a fait l’amitié et l’honneur de venir jusqu’ici depuis le Lot pour présenter la situation d’une ville qui avait fusionné et les inconvénients de cette fusion et les enjeux réels derrière l’absorption. Voici comment il présente les communes nouvelles sur son site communenouvelle.com :

Le 10 octobre 2014, dans une très grande discrétion, notre gouvernement engagea une « procédure accélérée » et hop, le 16 mars 2015 « la loi relative à l’amélioration du régime de la commune nouvelle, pour des communes fortes et vivantes » fut promulguée. Sans que les communes modestes aient le temps de réagir, même d’être informées ! Dans un quasi consensus politique où seuls M. Marc Dolez au Parlement et M. Jean-Pierre Bosino au Sénat se sont ouvertement opposés.
D’autres ont témoigné des réticences…

Les journalistes ne semblent pas avoir creusé le sujet : ils ont relayé l’opinion des installés.

Et pour passer « en force et en douceur » : l’état diminue sa dotation et place les maires devant l’alternative : augmentez les impôts ou fusionnez en « commune nouvelle »… avec une dotation alors préservée… même augmentée de 5%… durant trois ans… Et ensuite, le coup de massue !

Les communes gérées, depuis des décennies, pour le bien de leurs habitants, sans folie, ont de quoi s’inquiéter : elles sont priées de rejoindre des « grands groupes » surendettés… Le piège va fonctionner ?

Prétendre que le monde rural appartient au passé semble la solution la plus simple pour le rayer de la carte ! Circulez, la réforme concerne moins de 5% de la population ! Les parasites du pays ! Ils coûtent trop cher à la nation, nos bouseux ! Et si vous choisissez de vivre dans ce no man’s land, vous devrez assumer : payer des impôts élevés et ne bénéficier d’aucun service public !

Une France d’intercommunalités d’au moins 20 000 habitants et de communes d’au moins 1000, serait plus efficace ?
Une France où 500 000 conseillers municipaux sont priés de délaisser leur occupation bénévole car « les femmes et les hommes politiques » vont gérer le tout… naturellement au moindre coût !… Quant aux charges réductibles du genre contrats d’assurances, fournitures… une mutualisation suffisant, l’attaque contre les communes relève bien de l’idéologie… Le concept des grandes villes ayant échoué, il faut supprimer les villages !…

 

En conclusion on peut constater que les deux démarches sont radicalement opposées. Pour la municipalité, qui défend corps et âme le principe d’une fusion, une certaine réalité des chiffres, une certaine loi du genre doit dicter la marche à suivre aux habitants en dehors de toute préoccupation ou de toute entrave économique, sociale ou historique. Le Collectif, qui n’est, lui, pas dans une démarche dogmatique, donne la parole aux citoyens et mène son action à partir des interrogations, des questions que se posent les habitants. Il cherche lui même les réponses, avec imperfection et maladresse dans certains cas mais avec toujours le désir d’expliquer, de rendre explicite les tenants et les aboutissants sans éluder les sujets les plus sensibles.

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