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L’exemple proche de Chissay-en-Touraine qui a connu une très forte médiatisation avec pour résultat l’obtention d’un référendum et le rejet massif du projet de commune nouvelle avec Montrichard.

Collectivités. La commune nouvelle tourne mal

OLIVIER MORIN
MARDI, 3 NOVEMBRE, 2015
L’HUMANITÉ

Rassemblement des habitants de la commune de Chissay-en-Touraine contre le projet de regroupement communal avec Montrichard et Bourré.
Photo : Henri Brissot

Dans le sud du Loir-et-Cher, les maires de trois communes ont décidé de créer une commune nouvelle. La mobilisation des habitants pourrait faire capoter le projet.

Chissay-en-Touraine (Loir-et-Cher),
 envoyé spécial. Aux frontières de la Touraine, dans le sud du Loir-et-Cher, trois maires veulent mettre en place une commune nouvelle. Montrichard, Bourré et Chissay-en-Touraine allaient être réunies sous le nom de « Montrichard-Val de Cher ». Une union qui serait menée tambour battant et qui prendrait effet début 2016. Jean-Michel Mijeon, conseiller municipal d’opposition à Chissay-en-Touraine et par ailleurs secrétaire de la fédération PCF de Loir-et-Cher, prend connaissance du projet par des élus des communes voisines que la démarche interroge. « Imaginez mon étonnement à l’annonce d’un tel projet, alors même que le conseil municipal de ma commune n’en a pas été avisé », témoigne-t-il. « La confirmation n’a d’ailleurs été apportée que par un habitant de la commune qui a pris un rendez-vous en septembre avec le maire pour se faire donner des explications sur ce qui n’était encore qu’une rumeur. » L’argument avancé par les trois maires pour la fusion de leurs communes semble alors se limiter au maintien de la dotation globale assortie d’un bonus de 5 % jusqu’en 2018. « Une carotte financière » jugée largement insuffisante par le conseiller d’opposition. C’est donc début octobre qu’un tract de l’Association au service de Chissay-en-Touraine (Ascet, association citoyenne présidée par Jean-Michel Mijeon) est distribué dans toutes les boîtes aux lettres prévenant du projet et de ses conséquences. Parmi lesquelles une augmentation des impôts de 50 % sur douze ans au titre du lissage de l’imposition sur les trois communes pour rattraper la santé financière chancelante des deux autres municipalités.

La résignation 
de certains habitants

Très rapidement, des habitants s’inquiètent, cherchent à se renseigner et à s’impliquer. Raphaël Lévêque, ancien conseiller municipal, qui a pris part au premier tractage témoigne : « Les gens nous demandaient comment ils pouvaient nous aider. » C’est ainsi qu’une dizaine d’habitants commencent un porte-à-porte, armés d’une pétition demandant le refus de la création d’une commune nouvelle et exigeant un référendum communal sur la question. Il faut aller vite. La décision doit être prise par le conseil municipal du 4 novembre. « Certains habitants sont résignés : “On est bien obligés d’y passer”. Je leur répondais : “Mais pas dans ces conditions-là” », raconte Jean-Michel Mijeon. « Tout le monde se connaît dans notre village de 1 157 habitants. Ce n’est pas facile de prendre position. » Pourtant les arguments font leur chemin, portés par de plus en plus d’habitants que l’enjeu unit pour l’occasion. Mais le maire compte bien mener le projet à bien. Dans une brochure parue pour la circonstance, il va même jusqu’à rappeler l’appartenance de Jean-Michel Mijeon au Parti communiste, arguant que sa démarche « fait peur » aux habitants tandis que le maire (LR) de Bourré y voit le gardien « d’un dogme ». Mais la parade ne prend pas et des habitants de Montrichard (la commune la plus importante, forte de 3 383 habitants), dont l’ancien maire, posent à leur tour les questions qui dérangent. Y aura-t-il suppression des communes historiques ? Quel sera l’impact sur les impôts des habitants ? La « carotte financière » est-elle un argument suffisant ? Sans compter la vitesse et la façon dont le projet est mené dont beaucoup dénoncent « le flou », « la précipitation » et « le manque de concertation ». Pour pallier ce dernier point, Philippe Plassais, maire de Chissay-en-Touraine tente une consultation municipale à l’aide d’un document à remplir et à retourner en mairie. « Mais le bulletin n’était pas nominatif ce qui ne permettait pas un comptage rigoureux », note Dominique, bénévole à la bibliothèque municipale. De son côté, le maire UDI de Montrichard, Jean-Marie Janssens, confie à la radio locale que « cette fusion repose sur l’amitié » (entre les trois maires) et que « le point financier n’est pas le principal ». À Chissay, le collectif s’élargit désormais bien au-delà de l’Ascet et lance au même moment un tract saluant la démarche de consultation engagée par le maire, indiquant astucieusement qu’il ne doute pas de la volonté du maire de tout mettre en place « pour assurer l’objectivité de la démarche ». À savoir : « Une urne en mairie, des bulletins supplémentaires – puisqu’un seul a été fourni par foyer –, une liste d’émargement », tout cela vérifié et tenu par le personnel administratif adéquat. La consultation commence dès le 12 octobre, émaillée de réunions publiques à la fréquentation croissante dans les trois communes en question. C’est ainsi qu’à Chissay, 250 personnes ont réagi vivement au lapsus de Philippe Plassais, qui présentait Jean-Marie Janssens, comme « maire de Chissay ». Alors que l’assistance pointe le manque de chiffrage du projet, le collectif d’opposants distribue à chacun un document simulant l’impact fiscal pour les habitants en cas de nouvelle commune. Même des entrepreneurs ont réagi vivement regrettant de ne pas avoir été consultés. Pourtant Philippe Plassais maintient qu’il « prépare l’avenir et qu’il faut anticiper pour prévenir la baisse des dotations », se hasardant même à confier à ses administrés : « Je ne vous ai pas demandé votre avis plus tôt car je savais que vous ne seriez pas d’accord », rapporte un participant. Suite à cette réunion, les discussions ont redoublé dans le village. « On ne parlait que de ça à travers les jardins, dans les cours, sur le marché », précise Dominique. Si bien que, le 24 octobre, devant plus de 200 habitants venus avec pancartes et porte-voix, le verdict sort des urnes. Sur 436 votants, seuls 31 souhaitent rallier la commune nouvelle et 400 refusent la fusion. Un choix qui remet en cause la formation de la commune nouvelle et qui pourrait faire boule de neige.

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